La revue Lisières

Si la peinture est chose mentale​

...... cela ne signifie pas que la pensée précède l’ouvrage, mais plutôt qu’elle en accompagne rigoureusement toutes les étapes, qu’elle en constitue la possibilité même. La théorie de l’art qu’élabore Albert Ayme est une nécessité enracinée dans sa pratique picturale. théorie et praxis :deux courants indissociables, irriguant un organisme comme le font les veines et les artères. l'œuvre plastique est conçue par un échange permanent avec l'écriture qui en forge les concepts, les déploie dans l’espace de la pensée, tandis que la peinture les déploie dans l’espace plastique, par autant de variations paradigmatiques. Tout l’œuvre peint d’Albert Ayme paraît construit comme une architecture. chaque période, chaque phase de sa recherche, sont nourries d’études incessantes, déposées dans le creuset de l’écriture, et elles s’enchaînent à partir d’un principe directeur logique et progressif. Albert Ayme revendique une opposition irréductible entre la figuration et la seule voie qui vaille à ses yeux : l’abstraction géo-métrique. si la peinture figurative se réduit, selon lui, à n’être qu’un “ district limitrophe de ce continent immense qu’est la littérature “, on comprend que la visée de l'abstraction picturale n’est rien moins que dire l’indicible. l’audace d’une telle visée pose aussitôt la question de la méthode : quels outils pour quelle démarche ?

L’approche qui va s’imposer à lui est la plus austère et la plus exigeante : celle de la tabula rasa. par sa simplicité même, le vocabulaire plastique va permettre une exploration rigoureuse et complexe dont l’enjeu central est le temps pictural.​
Dans l’histoire de la peinture occidentale, des grands cycles religieux jusqu'aux vanités, la problématique de la temporalité fut traitée sous la forme de la séquence narrative dont le polyptyque est la forme achevée, ou bien de la métaphore.​
À l’attirail symbolique du memento mori, " souviens-toi que tu vas mourir " : quelques ossements ou un jeu de dés,  Albert Ayme substitue la pure plasticité d’une peinture conçue comme conquête et appropriation du temps vécu dans l'acte pictural même. la technique employée devient décisive en tant que mise en œuvre d'une méthode logique : la superposition de couches de couleurs primaires, ordonnées à la surface de la toile, selon des protocoles savamment mis au point, permet de traduire une expérience du temps vécue par le peintre, lisible par le spectateur de l'œuvre, notamment par la transparence des médiums et par la superposition des couches colorées. Ainsi, le refus du mélange des tons, basé sur le principe de la discontinuité chromatique, est le seul apte à donner à lire, à donner à voir une temporalité rendue perceptible, non plus sur le seul plan bi-dimensionnel, mais grâce à une suggestion de " profondeur " qui montre sans détour le travail du temps à l'œuvre ......​
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Laurent Brunet


Découvrez la suite de cet essai dans Lisières n° 20 exclusivement consacrée à Albert Ayme :  LISIERES​

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